Le Pisé

« Qu’on ne s’y trompe pas, le pisé est bien différent de ces misérables constructions faites en terre pétrie ou en boue mêlée !... » François Cointeraux, Fin XVIIIe siècle.

Le pisé constitue le matériau principal dans la construction traditionnelle de la Dombes. La majorité de l’habitat traditionnel est en pisé. On le trouve systématiquement dans les fermes et dans certains édifices. La pierre et la brique étaient réservées aux édifices majeurs (églises, châteaux, maisons de maître...).

Le matériaupisé en dombes


Pisé est un mot né du vieux français « piser » signifiant broyer et par extension «battre la terre à bâtir».
Il s’agit en effet de terre crue humide coffrée et tassée par couches superposées entre des banches de bois ; la terre est extraite sur place à proximité du chantier, au sein de la couche de terre argileuse située sous la terre végétale.

En fonction de la composition des sols dont la terre est extraite, on obtient différents types de pisé, aux couleurs et aux structures variables. On en compte trois sortes différentes : un bon pisé sans caillou, un pisé très argileux pouvant entraîner des fissures et un pisé de cailloux et de sable.

L’eau et l’humidité sont les premiers ennemis du pisé qui se dégrade très vite à leur contact. Aussi, un soubassement, généralement en pierres, briques ou galets, permet d’éloigner la base du mur en pisé de l’humidité des sols et une avancée de toiture permet de protéger les façades des intempéries et de l’eau de ruissellement venant du toit. Celles-ci peuvent être enduites ou pas.

matériaux pisé dombes

Outils et étapes de construction


Tout le travail de mise en œuvre du pisé consiste à lui donner une bonne cohésion.
Cela demande une longue et laborieuse élaboration par étapes successives :

  • D’abord, il faut extraire la terre à pisé sous la terre végétale.
  • Ensuite on « frasse » cette terre, c’est à dire qu’on la répartit en fines particules et on la débarrasse de ses plus gros cailloux.
  • On construit ensuite un soubassement de galets, de briques ou parfois de pierres, bâti au mortier de chaux.
  • Dans un premier temps, les aiguilles et lassoniers sont positionnés à intervalles réguliers afin d’accueillir les banches.
  • On dispose un coffrage, nommé la « banche », haut de 90 cm et constitué de clés, de poteaux et de planches, serré par des coins et des cordes.
  • On remplit ensuite ce coffrage avec une couche de terre argileuse qui contient, du sable, du limon et du gravier pour obtenir une épaisseur de 12 à 15 cm environ.
  • Le maçon à l’aide de son « pisoir », « pisou » ou « dame » compacte la terre et la tasse jusqu’à obtenir une épaisseur de 8 à 10 cm. Ainsi pour faire une hauteur de banchée (80 à 90 cm), il faut une dizaine de couches compactées.
  • Le maçon décoffre pour permettre à la terre de sécher et de se solidifier et recommence la même opération pour la banchée supérieure.
  • Entre chaque banchée, il coule un lit de chaux qui sert de joint.

mur en pisé

La réalisation d’un bâtiment en pisé mobilisait tous les bras valides d’un village en raison de son énorme besoin en main d’oeuvre. La disparition des modes de travail collectifs, ainsi que l’avènement de nouveaux matériaux ont entraîné l’abandon du pisé, même dans la Dombes où il était très utilisé dans la construction. Ainsi, le savoir-faire a peu à peu disparu et les travaux de rénovation de ces édifices se font souvent avec des techniques modernes. Mais, depuis les années 1970 environ, la construction en terre fait l’objet de recherches, de formations, de chantiers et de festivals qui prônent sa réutilisation dans la construction, notamment pour ses vertus écologiques.

En Isère a lieu chaque année, entre fin mai et début juin, aux Grands ateliers de Villefontaine, un festival sur le thème de la terre. Des expositions, spectacles, films, rencontres, ateliers et animations sont proposés pour tous les publics.
Plus de renseignements : CRATerre-ENSAG, Maison Levrat , Parc Fallavier Rue de la Buthière, BP 53, 38092 VILLEFONTAINE cedex, Tél. (33) (0)4 74 95 43 91

L’habitat en pisé en Dombes

En Dombes, le pisé a principalement été utilisé dans l’architecture rurale : fermes, bâtiments agricoles et architectures vernaculaires.

Les fermes


La majorité des fermes traditionnelles du pays sont construites en pisé. Même si certaines ont plus de 300 ans, la plupart ont été édifiées entre le XVIIIe et le début du XXe siècle. Terres et domaines exploités par des fermiers sont la propriété de vieilles familles dombistes ou de riches lyonnais. En Dombes, on remarque principalement trois types de fermes bien distinctes :

  • Les fermes à cour carrée
  • Les fermes en U.
  • Les fermes en L.

La majorité des fermes s’organisent autour d’une cour centrale. On trouve également un puits et un four dans lequel on faisait cuire le pain de la maisonnée. Elles se composent de plusieurs bâtiments : l’habitation, les bâtiments agricoles (écuries, remises, poulaillers...). Elles constituent de véritables « unités de vie » à elles seules.

histoire piséA la veille de la Révolution française, un jeune architecte et entrepreneur lyonnais, François Cointeraux, devient le promoteur de la construction en pisé. Auteur de nombreux fascicules sur cette technique ancestrale il a remis au goût du jour non seulement le pisé traditionnel mais également le procédé de « nouveau pisé » qui consiste à ennoblir les bâtiments par des façades décorées. La Maison Blanche à Beauregard, construite au XIXe siècle, est totalement inspirée des préconisations de Cointeraux : chaînage d’angle, oculus central, fronton triangulaire…

 

pigeonnier pisé

 

L’architecture vernaculaire domestique, agricole et pré-industrielle


En Dombes, l’architecture traditionnelle sous toutes ses formes est majoritairement construite en pisé, qu’elle soit domestique (fours, puits...), agricole (granges, étables, pigeonniers...) ou préindustrielle (moulins à eau, fours, forges, tuileries...). Elle constitue indiscutablement un élément structurant de l’identité de la Dombes.

mur en pisé

l’arête de poisson


En Dombes, comme la pierre a toujours fait défaut, une autre forme de bâti s’est imposée : la terre et les galets. Les galets, matériaux fluviaux-glaciaire déposés lors des dernières glaciations quaternaires, autrefois extraits des plaines et des rivières, étaient employés la majeure partie du temps dans le soubassement des murs des maisons et dans les murs de clôture. Plusieurs techniques se retrouvent dans la manière de poser ces galets afin de donner une belle allure au bâtiment ; la plus répandue - et certainement la plus ancienne - étant l’ «opus spicatum». L’opus spicatum – dit aussi « appareil en épi de blé » ou « appareil en arête de poisson » était déjà très utilisé à l’époque romaine. Il s’agit d’une alternance de briques, de carrons, de galets ou plus récemment de moyen appareillage en pierre, servant à isoler le mur en pisé de l’humidité et à décorer les façades.

 

 


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