Le Carron

Le matériau

L’Ain a une longue tradition de terre cuite par l’utilisation du « carron » aux généreuses dimensions. Il s’agit d’un type particulier de brique beaucoup plus épaisse et massive que la brique «traditionnelle» : 25 à 32 cm de long, 11 à 14 cm de large et 6,5 à 11,5 cm d’épaisseur. Nommé «carron» depuis des siècles, ce matériau a été privilégié dans la construction des forteresses dombistes, à la fois pour sa résistance aux chocs et au gel mais également pour sa fabrication facile et sa mise en œuvre rapide. Il est présent dans les soubassements des habitations rurales mais surtout dans l’architecture fortifiée de la Dombes.

Son origine


bloc de carron Le carron commence à être utilisé entre la Saône et l’Ain, au moment où tous les grands domaines féodaux de la région se constituaient et où l’Europe se lançait dans un perfectionnement des techniques d’assaut comme de construction. Ainsi, c’est au XIVe siècle, que le carron a été le plus utilisé pour la construction de châteaux et remparts. Son origine est controversée. Pour certains, le carron aurait été importé par les Savoyards. Il existe en effet une longue tradition de constructions militaires en briques au Piémont, région où la maison de Savoie s’implanta au XIe siècle. La Bresse, le Bugey et une partie de la Dombes ayant été sous domination savoyarde jusqu’en 1601, les influences et échanges ont été nombreux. C’est pourquoi vous pourrez entendre parler, au hasard d’une rencontre ou au cours d’une lecture, de «carrons savoyards». Mais pour d’autres, cette appellation serait inexacte et la Bresse en serait le pays d’origine. 

mur carron
Détail de la façade du château de Bouligneux © Louis Blanchard


carte carronLes carronnières et le procédé de fabrication


Les carronnières sont d’anciennes fabriques de tuiles et de briques. Elles se présentent toutes de la même manière : très basses, des piliers en guise de murs, un toit qui descend pratiquement jusqu’à terre avec une charpente superbe et, bien sûr, un four ! Installées sur les lieux même d’extraction, les carronnières étaient conçues pour être vagabondes, posées sur le sol, sans fondation. Le travail s’y déroulait en plusieurs étapes selon le nombre de tuiles ou briques à fabriquer : il fallait d’abord récupérer la terre et la laisser sécher. Avec l’aide d’un cheval ou d’un boeuf attelé à une grande roue les mottes étaient écrasées. Venaient ensuite :

  • le mouillage pour avoir une pâte souple que l’on ajustait dans des moules à briques ou des formes à tuiles ;
  • le séchage dans le hangar de la carronnière. Cette opération prenait plusieurs semaines ;
  • le remplissage du four et la mise en cuisson, qui pouvait durer aussi de nombreux jours, refroidissement compris.


L’évolution des techniques de construction a conduit à la disparition des carronnières. Il n’en reste aujourd’hui qu’une seule en bon état dans la Dombes. Elle se situe à Saint-Paul-de-Varax. Le célèbre peintre Louis Jourdan (1872-1948) l’a immortalisée sur une aquarelle. Les carrons fabriqués en ce lieu ont servi à la construction du château situé à proximité. Même si elles ont disparu pour la plupart, les carronnières continuent de marquer les esprits et le territoire. En vous baladant, vous pourrez remarquer de nombreux lieux-dits «la carronnière», «les carronnes» qui témoignent de ce passé pas si lointain.

L’utilisation du carron dans l’habitat local

Compte tenu de sa solidité et de son coût, le carron a principalement été utilisé dans l’architecture fortifiée (châteaux, maisons fortes, remparts...). Pour assurer une bonne cohésion du mur, les briques sont judicieusement assemblées en parement enserrant un blocage intérieur de matériaux divers. On le trouve également dans l’architecture traditionnelle en ré-emploi, en alternance avec des galets dans les soubassements. Il peut être enduit ou laissé à nu. Au XIXe siècle, la suppression des droits de péage et l’amélioration des moyens de communication permettent l’augmentation de l’usage de la pierre dans l’architecture de la Dombes. Le carron disparaît alors peu à peu...

 


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